Publications dans BD Argentine
l'Eternaute : le film
 

Hola chicos,

Sans connexion internet durantplusieurs jours, je n’avais pas pu vous en tenir informé. Mais lors de monséjour à Buenos Aires, j’ai rencontré Lucrecia Martel. Elle m’a invité chezelle un soir pour parler du projet filmique de L’Eternaute. Au début je voulaisfaire, réflexe pavlovien de critique, une interview. Mais dès les premières minuteselle m’a prévenu : le projet n’est pas signé. Ce soir on échangera despoints de vues ou des idées, l’interview se fera plus tard, si elle fait lefilm.

Bref, il y a quand même plusieurschoses que j’ai droit de révéler et qui, d’ors et déjà, donnent une idée deson projet, alléchant je dois avouer. D’autant plus qu’il est aux mains de ce queje considère clairement comme l’une des plus talentueuses cinématographes d’aujourd’hui(merci TG pour la découverte et ses coordonnées)

1° : ce ne sera pas uneadaptation, mais une réécriture. L.M ne voit plus l’intérêt de parler de la dictaturede nos jours. L’Argentine est selon elle à l’abri pour quelques temps, protégéeà la fois par son système législatif et par l’appréhension encore très présenteà l’esprit de ces concitoyens. Elle voit d’autres fléaux bien plus menaçantsaujourd’hui, et c’est d’eux dont son Eternaute va parler.

2° : L.M a conscience queson film pourrait être le premier film de genre science-fiction ou fantastique ducinéma argentin. Elle travaille donc à définir ce qui pourrait constituer uneidentité sud-américaine. Pour elle, il est primordial que ce film soit culturellementmarqué dans son esthétique et son traitement.

3 °: Le script est à moitiéfini. Elle a quelques difficultés à incarner sous forme de monstres et autresfantasmagories les maux qu’elle devine dans la société argentine contemporaine.Pour ce que j’en ai vu, c’est très cohérant, finement pensé, et assez beau. L.Ma une grande culture du film d’horreur et sait parfaitement ce qu’elle aimedans ce genre. Elle bossait d’ailleurs à un projet de la sorte quand lesproducteurs l’ont contacté pour adapter l’Eternaute. Honnêtement c’estprometteur.

4° : Pourquoi le projet tardetant à se mettre en place ? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord lesréticences de producteur à son idée de réécrire L’Eternaute. Des questions demoyens, ensuite, vu qu’un tel projet coûte inévitablement plus que les films qu’ellea l’habitude de réaliser. Bref, elle saura plus ou moins avec certitude d’iciquatre mois si le projet se fait ou non. Le tournage aurait alors lieu en 2010.

Voilà, je n’en dirais pasbeaucoup plus pour le moment. Mais comptez sur moi pour retourner en Argentinesi le projet est signé pour faire une grande interview et des photos detournages.

Beso.

S. d'Argentine

Ci-joint, photo d’une étrangecafé musée de la bande dessinée argentine, où j’ai vu plein de dessinsoriginaux et de très veilles historieta,dont des E.O de l’Eternaute

Edit : avant de pleurer ou de vous réjouir, jetez un œil sur les commentaires.

 
Davantage de Breccia !
 

Une promenade ailleurs...

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A l'occasion de l'exposition à la galerie Martel  (jusqu'au 11 avril - Prolongée jusqu'au 25 avril !!! -), le site Point G nous régale d'un "gros dossier" sur Alberto Breccia.

Au programme, un montage de films qui nous montre le Maître au travail et s'exprimant avec lucidité ("un éditeur est un homme qui vend des livres comme des saucissons"), une interview de Latino Imparato des éditions Rackam et José Muñoz qui commente quelques originaux.

Bravo.

 
Interview de Carlos Trillo
 

Sauvés des eaux

Le Zoo n°18 est sorti. Des annonceurs s'étant désistés au dernier moment (puisqu'on vous dit que c'est la crise !), des pages ont été supprimées de la version papier. Heureusement, par la magie du téléchargement, vous allez pouvoir vous les procurer en pdf sur le site de Zoo le mag

Parmi ces textes naufragés, une interview de Carlos Trillo réalisée par Kamil Plejwaltzsky et moi-même... Ce serait dommage de s'en priver à l'heure où Delcourt va éditer un inédit (par chez nous) du maître agentin, mis en image par Eduardo Risso :

Point de rupture.

Je ne suis pas responsable du titre. À la place de "padriño", lisez "padrino"...

Ça fait moins exotique, mais c'est plus juste.

 
Des monstres de L'éternaute à ceux de Lovecraft
 

"L'horreur indicible surgissant des tréfonds innommables..."

Je ne sais pas trop pourquoi mais, sans vérifier les dates, j'étais convaincu que Breccia avait dessiné L'Éternaute après Les mythes de Cthulhu... Et jusqu'à hier je montrais aux clients combien son travail sur L'Éternaute portait les traces de son travail sur l'indicible lovecraftien.

C'est à la lecture d'une note enthousiaste d'un amateur argentin (Historieteca) saluant la nouvelle édition transatlantique de Los mitos de Cthulhu que je me rends compte de mon erreur. Ainsi Breccia trouva dans l'adaptation de Lovecraft le terrain idéal pour poursuivre des défis artistiques et des questionnements qui lui étaient propres. Davantage qu'une filiation amoureuse, cette liaison entre le dépressif de Providence et l'angoissé de Buenos Aires tient dans l'emploi de l'œuvre du premier comme tremplin créatif par le second. Vision qui semble confirmée par ces propos tenus par Breccia en 1985, lors d'un court entretien avec T. Groensteen :

"En tant que lecteur, la littérature fantastique ne présente pas d'attrait particulier pour moi. Elle m'intéresse comme source d'inspiration pour mon travail, car elle permet d'épanouir mon style dans différentes directions, en dépassant le stade du réalisme".in Les Cahiers de la Bande Dessinée n°62

Nous éclairant encore plus précisément sur son travail, voici une autre citation d'une interview de Breccia, réalisée en 1989 reprise tant dans l'édition argentine que l'édition française (seconde édition, augmentée, Rackham, 2008) :

"Je me suis très vite rendu compte que le langage traditionnel de la Bande dessinée ne pouvait rendre compte de manière satisfaisante de l'univers de Lovecraft, si bien que j'ai commencé à expérimenter de nouvelles techniques, comme le monotype ou le collage. Ces monstres informes, semblables à ceux que j'avais dessinés dans L'Éternaute, sont faits ainsi parce que je ne voulais pas imposer au lecteur ma propre vision ; je voulais que chaque lecteur ajoute quelque chose de personnel, qu'il utilise la base que je lui fournissais pour la vêtir de ses propres craintes, de sa propre peur. Au début c'était presque un défi : je voulais vérifier si je serais capable de dessiner ce que Lovecraft avait décrit. Je ne sais pas si j'y suis parvenu, mais je peux certifier que durant les presque trois ans que j'ai mis à réaliser ce travail j'ai vécu complètement immergé dans son monde."

Il faut ici saluer l'initiative du très lovecraftien et talentueux Rotomago (Nyarlathotep, U-29 : tous deux chez Akileos), qui a ouvert il y a peu un site bibliographique trilingue consacré à Alberto Breccia :http://albertobreccia-bibliografia.blogspot.com/

L'Éternaute d'Oesterheld mis en images par Breccia, édité par les humanos (1993), est toujours disponible chez AAAPOUM BAPOUM (PVP 25€), profitez-en...

 
Soirée-débat le jeudi 22 janvier à la librairie : "L'éternaute et la BD argentine"
 

Mais y'aura des noix de cajou ou pas ?

Qu'est-ce que c'est au juste une "soirée-débat" ?

C'est l'appellation un peu fourre-tout que nous avons trouvée pour désigner ce que nous organisons avec les éditions Vertige Graphic ce soir-là à la librairie de la rue Serpente, à partir de 19h. C'est la soirée où vous êtes conviés, cher amis lecteurs et chers clients.Dans une atmosphère chaleureuse et détendue comme seule sait l'installer Stéphane, peut-être aidé par Lady Stardust qui nous aura sélectionné un bel assortiment musical de tangos et de milongas, vous sera présenté le tome 1 de L'Eternaute, publié le mois dernier aux éditions Vertige Graphic.

J'en ai déjà parlé en ces lignes, même Le Monde s'est penché sur ce joyau du patrimoine mondial de la BD. Giusti Zuccato et Bérengère Orieux, les éditeurs français, nous raconteront leur attachement pour cet ouvrage et l'odyssée qu'ils ont menée pour réunir les planches originales, dispersées sur la surface de la Terre depuis le début des années soixante. Giusti venant d'ailleurs de nous prêter 8 planches originales pour l'occasion, vous aurez tout le loisir de les examiner pendant que nous évoquerons le contexte dans lequel ce chef d'œuvre a été conçu et les nombreuses suites et variations qu'il inspira. Puis chacun ira de son interprétation, les questions fuseront, certaines trouveront réponses à leur pied, on fera des comparaisons, des rapprochements plus ou moins pertinents.

La conversation débordera sur d'autres bandes dessinées de cet autre continent du 9e art. A ce moment là on sortira quelques bouteilles de vin argentin lui-aussi... Quand vous aurez bu un verre ou deux vous aurez irrésistiblement envie d'acheter quelques unes des merveilles préalablement évoquées et que nous auront malicieusement étendues sur le tapis rouge de nos étalages. Nous vous guiderons alors gentiment vers la caisse, mais pas vers la porte !

Oui nous osons le lancement d'un livre écrit il y a plus de cinquante ans. Oui, absolument sans dédicace. Oui nous préférons discuter dans le monde réel que sur les forums numériques...Alors nous vous attendons jeudi. 19h. Vous pouvez venir les mains dans les poches, même pas obligés d'acheter le livre (quoique ce serait dommage pour vous de ne pas le faire).

 
L'Eternaute de Solano López et Oesterheld
 

Un monument de la Science-fiction

Scandale : un gros morceau du patrimoine mondial de la BD a atterri dans nos échoppes pendant que j'étais en vacances et il n'y en a eu aucune mention en ces pages !

Depuis plus d'une semaine vous pouvez acheter chez nous (et ailleurs) la plus célèbre des bandes dessinées argentines !!! 51 ans après son achèvement ce monument de la science-fiction a enfin été traduit en français[*].

Et ceci grâce aux éditions Vertige Graphic ! Aaapoum Bapoum ne pouvait passer à côté d'un tel événement.

Nous avons toujours été friands de la bande dessinée du Rio de la Plata, et que ce soit par hasard ou par choix délibéré, nous avons toujours réussi à en fournir à nos clients. C'est donc avec grand plaisir que nous vous incitons à découvrir cette "nouveauté".

L'histoire :

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Imagine que tu es en train de passer une soirée tranquille avec des amis... Tu joues aux cartes en buvant un verre, bien au chaud. C'est une longue soirée d'hiver idéale, les rumeurs belliqueuses du monde et les catastrophes écologiques sont bien étouffées par le confort de ton pavillon et par la solidité de tes fenêtres... Mais voilà que l'obscurité se fait... Une panne électrique ? Dehors une étrange neige s'est mise a tomber dans un silence inquiétant... Une neige phosphorescente... Vous vous approchez de la fenêtre pour constater que la vie s'est arrêtée... Les voitures sont stoppées... les passants gisent sur les trottoirs.

Comme toi et tes potes vous êtes loin d'être cons et plutôt scientifiques, vous faites vite le lien entre ces morts et la neige mystérieuse.

L'histoire commence donc comme un survival en lieu clos. Comment survivre dans un environnement hostile post-apocalyptique ? Comme Oesterheld le fera dire à ses personnages, c'est une variation sur le mythe de Robinson. Le pavillon de banlieue, refuge au milieu d'un océan de mort. Les héros se rendent pourtant vite compte qu'ils ne sont pas les seuls survivants, mais dans ce monde de pénurie, l'entraide semble avoir disparu et la menace extérieure évoque fortement une thématique sur laquelle le cinéaste John Carpenter brodera de nombreuses variations.

Le pire étant à venir : la neige mortelle n'était que la première étape de... l'invasion d'une invincible armada extraterrestre. La suite (extrêmement inventive) de l'histoire ravira les amateurs de récits de guerre désespérés où la dimension tactique est centrale.

Le contexte :

Les près de 350 pages de la saga de El Eternauta furent publiées pendant deux ans (1957-1959) dans la revue hebdomadaire argentine Hora Cero suplemento semanal. Cette revue de 16 pages imprimée en noir et blanc (sauf la couverture en trichromie) était de format à l'italienne. 

L'Éternaute en fut la série la plus populaire, depuis le n°1 (mercredi 4 septembre 1957) jusqu'au n°106. La revue ne survivra pas plus de 10 numéros après la fin de la saga. Néanmoins pendant 2 ans les Argentins se passionnèrent pour les mésaventures des survivants et leur combat contre l'envahisseur. On peut facilement imaginer qu'à cette époque où la télévision était un luxe, cette revue bon marché et de qualité régnait sur les rêveries des lecteurs, attendant impatiemment la suite... Ce feuilleton apocalyptique avait le bon goût de se dérouler dans un contexte famillier (les rues mêmes de Buenos Aires) et d'être en écho avec les angoisses de son époque.

Et "le Breccia" alors ?

Cette série eut un tel succès que Hector Oesterheld ne résista pas à la tentation d'en scénariser lui-même le remake dix ans après pour la revue Gente.

Cette fois-ci c'est son compère Alberto Breccia qui se charge de la partie graphique. La situation de l'Argentine ne s'étant guère améliorée, la junte toujours au pouvoir et les tensions s'exacerbant, Oesterheld semble se radicaliser en même temps que le mouvement social et ce nouvel Éternaute s'en ressent. Le graphisme fantasmagorique et suggestif de Breccia s'y déploie magnifiquement et exacerbe les tonalités résolument plus sombres et pessimistes du scénario.

Nous reviendrons sans doute dans une note ultérieure sur les différences entre les deux œuvres, ainsi que sur les nombreuses suites et variations que la saga engendra. La "version Breccia" fut éditée en france par les Humanos en 1993... épuisée depuis longtemps, on la trouve encore chez... Aaapoum Bapoum !

L'objet :

Mais revenons à la nouveauté, le Solano López. Les éditions Vertige Graphic ont fait un long travail de recherche pour nous présenter une édition réalisée d'après les planches originales. Si une vingtaine d'originaux sont demeurés introuvables, la plupart des pages de la présente édition offrent une bel écrin au dessin précis de Francisco Solano López. Vertige Graphic publiera en trois volumes l'intégralité de L'Éternaute.

Le deuxième devant paraître en mars. En attendant, les 128 pages du premier tome sont fort denses et devraient vous tenir un moment en haleine. 20 €.

[*] Étant un ignare qui cherche à se soigner, je découvre après avoir écrit cette note que L'Éternaute semble déjà avoir été publié en France dans le petit format Antarès (éditions Mon journal) au début des années 80, du n°38 à 54, sous le nom de L'Ethernaute... Ne les ayant pas, je ne saurais dire si cette édition fut complète ni quelle en fut la qualité. La revue Antarès n'étant pas a l'italienne, on peut craindre un remontage déplaisant.

 
Bird de Carlos Trillo et Juan Bobillo
 

Masque, tatouages et vengeance

Le masque et la dualité qu'il crée forment le cœur des histoires de super héros. Plus anciennement c'est un thème couramment abordé dans la littérature populaire. Jekyll et Hyde, Dantès et Monte-Cristo,  de la Vega et  Zorro... les ancêtres de Hulk, Iron-man et Batman sont innombrables. Dans la littérature comme dans le monde des comics certains cas relèvent de la double identité, les autres de la double personnalité (les uns choisissent de revêtir le masque, les autres le subissent). C'est tout naturellement que Carlos Trillo, scénariste argentin à la créativité généreuse et bouillonnante, s'était attaché tout au long du projet Cybersix, qu'il mena avec Carlos Meglia, à souligner les liens qui unissait la bande dessinée à ses sources littéraires. Dans la série Bird, dessinée par Juan Bobillo, 3 tomes parus chez ERKO, il reprend le thème du masque mais cette fois-ci dans un thriller contemporain délaissant le super-héroïsme et les références au profit d'une approche plus psychologique.

Le masque dissimule tout en modifiant ce qu'il recouvre. Le porteur du masque change : puisque sa personnalité est voilée, une nouvelle peut surgir. Le masque est justement un élément primordial dans beaucoup de rituels magiques et le risque est grand pour le porteur de se retrouver possédé.

L'héroïne de Bird s'appelait Jobeth. Son frère parvint à la faire interner dans un  hôpital psychiatrique  pour être le seul à bénéficier d'un héritage familial. La pauvre et timide Jobeth est rendue à l'état de légume à cause des drogues dont elle est abreuvée. Elle parvient tout de même à s'évader. Son ordure de frère lance des tueurs à ses trousses. Pour leur échapper elle change donc d'identité. Le passage se fait par une initiation classique : abandon de pilosité, scarifications et tatouages. Un masque créé par retraits et ajouts à une figure initiale. Désormais elle sera Bird, mannequin adulé au charisme arrogant. Pour se dissimuler elle étale donc son visage sur tous les murs de la ville. Omniprésente (sans pour autant se marier au président) elle devient invisible et tout lui est permis. Elle va pouvoir ourdir sa revanche.

Sans dévoiler davantage une intrigue pleine de rebondissements et d'action mâtinée de sado-masochisme dont sont friands les argentins, il me reste à vous dire que l'histoire est bien complète, menée avec vigueur sans s'embarrasser des ressorts les plus prévisibles. Le plat corsé de drogues, de sexe et de violence tant physique que psychologique est ici servi en couleurs directes, en aquarelles fort tendres, ce qui créé un effet déroutant assez séduisant. Le dessin de Bobillo arrondit ainsi les excès de Trillo par un voile de lavis et insuffle un peu de douceur dans un univers à la noirceur désespérée.

Bien sûr chez AAAPOUM BAPOUM vous trouverez les trois tomes en pack, en très bel état pour ne pas dire neufs, pour la somme concurrentielle de 19,50€ au lieu des 37,50 € initiaux...